La soirée portait en elle un ennui total quand Alice proposa un nouveau jeu ; nouveau, selon ses mots, car ce jeu n’était nouveau pour personne.

« Et si on jouait à “J’ai / je n’ai jamais” ? demande Alice.

  • Bien sûr, répondit Loïs, on n’y joue jamais, ça nous ferait très plaisir de replonger dedans. » dit-il d’une voix ironique et d’un sourire figé.

Ce jeu faisait fureur dans les soirées étudiantes, c’était l’alliance parfaite entre révélations et alcoolisme. Le but étant de dire quelque chose que l’on a déjà fait ou pas fait et de faire boire les autres joueurs si, réciproquement, ils ne l’ont pas fait ou s’ils l’ont déjà fait.

La foule exaspérée reprend place au fond du canapé. Jordan n’avait pas bougé par peur de se fatiguer ou de voir le monde fabuleux des bisounours tourné en rond au fond de ses pupilles profondes comme un trou noir.

Chloé ne se prononce pas, comme d’habitude. Elle n’est pas avachie dans le fond de sa chaise mais ne se met pas en avant non plus. Elle regarde et elle attend.

Pierrick, lui, ne s’y oppose pas.

« Puisque nous n’avons rien d’autre à faire, autant s’amuser. dit-il d’une voix fataliste.

  • Ok ! Répondit Loïs ! Mais essayons de rentre ce jeu morose un peu plus amusant. Trouvons une règle qui nous mette tous en danger. Pas en danger de mort bien évidemment, mais qui pourrait révéler chez nous des choses qu’on ne voudrait pas.
  • C’est un peu le but du jeu, dit Alice d’un ton condescendant.
  • Bien vu, lui rétorqua Loïs ! Mais j’évoquais, ici, un environnement plus restreint avec des questions plus discrètes et plus personnelles, où tout le monde est concerné.
  • Avant toute chose, faisons un pacte ! Un pacte qui nous oblige à garder tout ce que l’on pourrait dire secret. Dit Alice.
  • Oui ! Dit Loïs, prenons donc un couteau et mélangeons notre sang en l’honneur de notre pacte. »

Jordan sortit son couteau papillon, l’ouvrit d’une main de maître et le planta tellement fort sur la table qu’il en renversa les verres. Pierrick pris le couteau et commença à s’ouvrir la main quand Chloé l’interrompt et hurle « Arrête ! C’est une blague. » Pierrick se retourna vers Chloé avec un sourire narquois et lui dit « Je sais » et lui envoya subtilement un baisé qu’elle a gentiment ignoré.

Alice reprit la parole et, tout excitée, dit « Je commence !

  • Attends ! protesta Loïs, ne soit pas si impatiente jeune demoiselle. Nous n’avons toujours pas trouvé notre fameuse règle.
  • Je sais ! s’exclama Pierrick. Chaque phrase que nous prononcerons devra concerner quelqu’un dans cette pièce. »

Le silence gagna profondément la pièce, les regards se croisent et se décroisent. Nous avons tous des secrets et ces derniers concernent essentiellement nos proches. Cette bande d’amis est d’autant plus concernée puisqu’ils fêtent, ici même, leur dixième année d’amitié.

Tout commença grâce à Jordan et Loïs, deux amis d’enfance inséparable. Ils ont commencé à faire de petites conneries quand ils avaient cinq ans et continué d’en faire des grosses à dix-huit.

Ils se retrouvèrent dans la même classe en terminale, dernière année avant la liberté. Loïs avait déjà des vues sur Alice, mais il ne la connaissait pas encore. Sauf qu’un beau jour, fort d’une poussé de testostérone, Loïs décida de prendre son courage à deux mains et d’aller la voir. Ce fût le coup-de-foudre entre eux. Durant cette année de terminale, Jordan et Loïs firent la connaissance de Pierrick alors dans la même classe. Pierrick ne voyait que très peu ses parents, mis à part le week-end et leur appartement n’étaient qu’à quelques mètres du lycée, lieu idéal pour les heures creuses et les soirées endiablées, surtout avec le matériel que possédait Pierrick. Jordan fit même croire à ses parents qu’il avait obtenu l’autorisation de finir l’année à l’internat alors qu’il passait toutes ses soirées avec Pierrick. Ses parents travaillaient toute la semaine à l’étranger et gagnaient plus que correctement leur vie. Ce qui ne rendait pas Pierrick plus heureux.

À la soirée de fin d’année, la soirée où la majeure partie des lycéens extériorisent leur stress en faisant et en buvant tout et n’importe quoi, Pierrick passa sa nuit avec Chloé. Sa première petite amie et sa première expérience sexuelle : le tout en une soirée. Chloé est une fille très discrète, elle ne parle que très peu et ne se fait jamais remarquer. D’ailleurs c’est trois semaines après, pendant leurs vacances, qu’ils se rendirent compte qu’elle était aussi dans leur classe.

Une fois les résultats d’examens sortis, ils décidèrent de partir tous en vacances à la plage. Pierrick avait des parents assez riches pour se permettre de louer un van et Loïs était assez sain d’esprit pour pouvoir le conduire cinq heures d’affilée sans voir des fleurs tombées du ciel.

Cette semaine a été le point d’ancrage de leur amitié, sept jours entiers, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et une bonne vingtaine d’apéros qu’ils ont su surmonter avec vigueur, détermination et amitié.

Mais voilà, les enfants grandissent et les relations aussi. Chloé et Pierrick n’avaient pas grand chose en commun et leur relation s’est terminée dès la rentrée, si ce n’est avant. Alice et Loïs sont restés trois ans ensemble avant de se séparer d’un commun-accord où seule Alice l’était. Jordan continua sa vie de roublards à sauter sur tout ce qui bouge, selon lui.

Certains restèrent ensemble durant leurs études, d’autres partaient à l’autre bout du pays, voire du monde, mais une fois par an ils se retrouvèrent au bord d‘un lac, pour partager une semaine de vacances et pour ne jamais s’oublier. C’était l’idée de Jordan, de plus il connaissait très bien ce lac où il y a passé un bout de son enfance. Pas de touristes, pas d’enfants qui hurlent et l’on pouvait même apercevoir parfois des animaux sauvages.

Il y avait une maisonnette charmante avec une petite cheminée, un barbecue construit à la main, un attirail de cannes à pêches et une montagne d’équipement de randonnée. Dans le salon était disposé une table immense où passer d’extraordinaires repas et un salon confortable où chacun d’entre eux pouvaient raconter le déroulement de leur vie.

C’est donc dans ce cadre idéal que le jeu commença.

Alice, pris la parole toute contente et s’exclama : « J’ai déjà couché avec une personne dans cette pièce. »

Tout le monde savait que Pierrick et Chloé avaient passé la soirée de fin d’année ensemble et en ce qui concerne le couple Alice et Loïs, c’était une évidence. Le but d’Alice, ici, était de faire perdre Jordan. Malheureusement pour Alice, il n’y a aucun perdant à ce tour alors elle s’écria : « Ça s’est passé quand ? » en fixant à tour de rôle Jordan et Chloé.

« Qui te dit que ça me concerne ? répliqué Chloé

  • Parce que ça ne me concerne pas ! affirma Alice
  • Qui vous dit que ça concerne une fille ? interrompu Jordan »

Un long silence commença à écraser les épaules de tout le monde. Est-ce qu’il fait une blague ou est-ce vrai ? Tout le monde connaissait le sérieux de Jordan quand on jouait à ce genre de jeux. Loïs et Pierrick se regardaient timidement, ils se sentaient jugés mais également surpris. Chloé profita de ce moment de latence pour reprendre la main et poser sa question : « Je n’ai jamais couché avec une femme enceinte. »

  • Beurk dit Loïs, Alice le suivi. C’est abjecte et ça ne respecte pas les règles du jeu.
  • Ah oui ? répondit Chloé. Il faut que ça concerne quelqu’un dans cette pièce, nous avons tous une mère et celle-ci a déjà été enceinte. Au moins une fois. Alors ma question est recevable. Que se passe-t-il ? Auriez vous des choses à cacher ? »

La moitié du groupe ne cacha pas leur déception face à cette question évidente, le but étant tout de même de faire boire les autres et les questions trop évidentes restent trop inintéressante. Alice fit sortir un « pff » condescendant et enchaîna : « Aucune de nous n’a d’attirance pour les filles, cette question est stupide. »

Derrière cette question, un but bien précis pour Chloé : faire retomber l’émotion et ralentir un peu l’imagination fulgurante de ses amis qui mèneront à des révélations peu glorieuses.

Les regards se tournent tous vers le prochain joueur : Pierrick, qui vint à peine de reposer son verre. Alice dit en rigolant : « Arrête de faire l’idiot, tu bois seulement parce que t’es alcoolique.

  • Pierrick sourit et dit : Ce soir, j’ai réellement envie de jouer et puis de toute façon nous avons fait un pacte. Rien ne sortira d’ici. »

Coup de tonnerre dans la maisonnette, cette fois, le silence a laissé place à l’incompréhension. Loïs est dégoûté et se prépare à vomir, Jordan lève son pouce en l’air quant à Chloé, elle croit toujours que c’est une blague. Pierrick reste stoïque et affirme que c’est sérieux. Alice n’en peut plus et s’écria : « Raconte ! ».

J’avais vingt-cinq ans quand c’est arrivé, je suis revenu dans le village de mes parents pour un week-end et pour fêter le départ en retraite de mon grand-père. Quarante-sept ans au service d’une industrie de métallurgie où il a su faire régner honneur et acharnement au travail. Son patron était présent à la cérémonie et l’a grandement remercié pour tout le travail qu’il a fourni. Cette scène m’a choqué d’ailleurs car on pouvait voir son patron, avec un sourire impeccable et un costume hors de prix, serrer la main d’un vieux débris plus jeune que lui, qui ne tient sur ses jambes qu’une heure à peine et habillé d’un vieux gilet à peine repasser. Mon grand-père a travaillé courageusement toute sa vie, mais ne pourra profiter de son temps libre que dans sa chaise à bascule à écouter le vent faire grincer les volets.

À un moment, mon grand-père a fait un discours et juste avant qu’il fasse un infarctus le maitre de cérémonie nous a demandé de se mettre à table.

« Quoi ? s’exclama Chloé, c’est ce soir-là qu’il est mort ?

  • Non ! Bien sûr que non, mais ce n’est pas passé loin. »

Le monde est petit quand même, un an après leur rencontre Pierrick et Chloé se rendirent compte qu’ils avaient un bout de famille en commun. Effectivement la grand-mère de Chloé connaissait très bien celle de Pierrick car elles faisaient leurs lessives ensemble. À l’époque, il n’y avait pas de machine à laver, elles étaient réservées pour les riches. Ces deux mères de famille papotaient pendant des heures au lavoir, allant même parfois laver deux fois leur linge afin de ne pas abroger la longue liste des ragots du village.

Après un repas d’environ trois heures avec une entrée, du poisson, de la viande, un dessert et même du fromage j’ai enfin réussi à me lever pour rejoindre le comptoir. C’est le moment le plus intéressant de la soirée. Il se fait tard, le dîner est terminé et les vieux vont aller se coucher. Il est grand temps pour nous de commencer à picoler pour tenir jusqu’au bout de la nuit. Ce comptoir c’est l’emblème d’une famille unie. Tous nos meilleurs moments se sont passés ici et même si ce lourd fardeau de passer trois heures le cul au fond d’une chaise est infecte, on l’oublie très rapidement grâce à une planche en bois lisse comme du verre. Le gros avantage d’un bar auto-géré c’est que l’addition n’existe pas, c’est open-bar et à partir de ce moment-là plus rien ne compte. De plus, il y a toujours deux ou trois motivés qui adorent se mettre derrière et s’assurer que personne ne se souviendra de comment ils sont rentrés.

Bref, ce soir-là il y avait cette femme, une charmante dame avec un petit ventre qui laissait imaginer une grossesse de six mois au moins. Elle avait l’air triste. C’est dommage ! L’ambiance est bonne, tout le monde s’amuse, la musique n’est … n’est pas pire qu’avant. La seule raison pour moi de cette tristesse est la prohibition d’alcool dû à son état. Elle était toute seule dans son coin, à choisir entre manger le gâteau au chocolat ou le fraisier qu’avait laissé son mari, tout en sachant qu’elle finirait par engloutir les deux. Donc je me suis approché, j’ai pris une chaise et je me suis assis à côté en lui disant cette éternelle phrase d’accroche qui fonctionne tant : « Ça va ? » et elle m’a répondu d’une manière non des plus surprenante. « Oui et toi ? ».

« T’as dragué une femme enceinte alors que son mari était à la soirée ? S’écria Alice, déconcerté.

  • Pas du tout ! Non, je n’aurais fais cela dans aucun cas ! T’es folle ou quoi, répliqua aussitôt Pierrick. »

Mon seul et unique but à ce moment s’était d’intégrer cette femme à la fête. Je ne le connaissais pas et je me suis dit qu’elle était de la famille. Une cousine, une tante, la famille est tellement grande. On ne peut pas connaître tout le monde.

« Moi je connais toute ma famille, dit Jordan

  • Oui, mais toi, tu n’as seulement qu’un père et une mère répondit Pierrick.
  • Bon et sinon, à quel moment tu l’as baisé ? Dit Jordan d’une voix plate.
  • J’y viens, réponds Pierrick. »

Après avoir discuté de tout et de rien elle m’avoua qu’elle ne pouvait pas aller danser car elle avait peur de fragiliser son utérus et bien avant que j’eusse des nausées elle me fit comprendre qu’elle ne bougerait ses fesses que pour aller se coucher. J’ai fais style de comprendre, mais au fond j’ai tout de suite senti en elle la trouille de se ridiculiser sur la piste de danse. À force de discuter, une sorte de lien s’est formé entre nous. L’alliance de l’alcool ajouté à l’euphorie de la soirée m’a poussé à faire des révélations sur ma vie intime.

« De quels genres ? interromps Alice.

- Du genre qui ne te regarde pas, rétorqua Pierrick. »

Elle m’a raconté des choses incroyables. De par son expérience personnelle, elle a éclairci en moi beaucoup de zone d’ombre et elle a fini par m’avouer que son mari ne l’avait plus touché depuis qu’il était au courant qu’elle était enceinte. Six mois ! Six mois d’abstinence pour un couple aux apparences heureuses. Bien sûr elle savait qu’après l’accouchement il allait de nouveau la désirer. Elle le savait car avec leur premier enfant il s’était passé la même chose.

« T’es en train de nous dire qu’elle a déjà eu un enfant ? Mais elle a quel âge ? Dit Alice.

  • La quarantaine répond Pierrick.
  • L’âge de ma mère ! Dit Chloé d’un ton froid.
  • C’est qu’il nous avait caché son côté cougar, se moqua Jordan.
  • Je n’aime pas les cougars, ronchonna Pierrick. »

À ce moment précis, j’ai comme senti une grosse gêne s’installer entre nous. Elle venait de m’avouer qu’elle n’avait pas fait l’amour depuis six mois et moi, je venais de lui avouer …

« Avouer quoi ? Insista Alice !

  • Ceci ne te regarde pas, répliqua Pierrick. Et arrête donc avec toutes tes questions. C’est personnel et je n’en parlerai pas … pas tout de suite en tout cas. Peut-être après la bouteille … ou peut-être après la deuxième. »

Sur ces paroles, Alice remplit le verre de Pierrick.

« Aller hop ! Cul-sec ! » s’écria Alice et insista pour que tout le monde chante cette incitation en choeur. L’effet de foule l’emporte et Pierrick finit son verre. Mais Alice, bien impatiente d’avoir la suite, remet les pendules à l’heure avant que Pierrick n’oublie la fin de son histoire.

Je disais donc qu’il y avait une certaine gêne qui s’installa entre nous et je commençais à avoir peur de regarder cette femme dans les yeux. En même temps, à chaque fois que je la regardais je voyais en elle la tristesse et l’ennui que lui provoquait son mari. Je ne pouvais rien faire et je ne voulais rien faire. Après tout, elle est bien trop vieille pour moi et puis quand bien même elle aurait mon âge, c’est surement un membre de la famille. D’ailleurs on peut voir sur son front les mêmes rides typiques qu’ont ma mère et ses soeurs. J’aurais mis ma main à couper que c’était une de mes tantes, ma mère a huit soeurs éparpillées dans tout le pays et dont elle n’a gardé le contact qu’avec une seule. Je n’en connais que quatre en tout. Enfin, disons que je pourrais en reconnaître quatre en tout cas.

La chaleur commençait a m’envahir, certainement dû à l’alcool ou au stress. En tout cas il fallait que je sorte, au moins pour fumer une clope. À ma plus grande surprise elle m’accompagna, il faisait frais dehors, mais en ce doux été l’on pouvait se promener dehors en T-shirt sans avoir le moindre frisson. Ce n’est donc pas cette escapade qui séchera la transpiration sous mes bras, ni l’humidité de mes cheveux. Mes mains sont moites et je fus assez frustré qu’elle m’ait accompagné. Après avoir installé cette gêne, j’ai vraiment du mal à la regarder en face. On ne se parle plus beaucoup d’ailleurs, quelques mots, par-ci par là, des expressions routinières comme pour faire croire qu’on passe une bonne soirée.

Quand soudain, elle me pris le bras d’une force incroyable. Sur le coup j’ai cru qu’elle allait accoucher. Je l’ai vu hurlante à réveiller tout le village. J’ai vu les gyrophares des ambulances éclairées la place. Ainsi que tous les invités main sur leur téléphone en attendant la bonne nouvelle avant de faire péter le champagne. Puis ensuite j’ai cru que c’était une contraction passagère et qu’il fallait d’urgence que je trouve une chaise, mais sa main me serra si fort qu’il était impossible pour moi de bouger. Je n’allais pas la laisser là, toute seule. Ensuite, je l’ai imaginé faire un malaise et la regarder mourir, lentement, sans que personne ne se doute de quoi que ça soit. Moi je serais resté là, stoïque, comme prisonnier d’un choc incontrôlable. Viendrait ensuite son mari, en larme, priant le ciel en attendant les secours puis me regardant en se demandant pourquoi. Heureusement pour moi, rien de tout cela n’arriva. Elle m’a pris le bras, m’a fixé dans les yeux et m’a dit d’un ton confiant : « Allons faire un tour ». Moi j’ai entendu “Allons faire l’amour.”

Cette fois-ci mes mains tremblaient, je pouvais sentir la sueur coulée dans mon dos, je voyais mes joues constamment rouges, mon sourire toujours niait et je marchais lentement à côté d’elle en la tenant aussi précieusement que le bonheur ultime quand on le trouve. J’étais angoissé, mon coeur battait à toutes vitesses. Je n’étais pas angoissé en réalité, j’étais amoureux. Et quand je l’ai compris, je me suis senti détendu, comme si plus rien n’avait d’importance, comme si nous marchions main dans la main le long d’une colline pendant le plus merveilleux coucher de soleil du monde. Tout mon corps était relâché, plus aucune pression dans l’estomac, mon T-shirt avait séché, mon sourire ne cessait de s’accrocher à mes oreilles, je ne pensais plus à rien et je pensais à tout également. Je n’avais qu’une envie, c’était de la prendre dans mes bras et de la serrer aussi longtemps qu’il m’ait été permis de vivre. Nous étions seuls au monde, isolé dans notre bonheur. Je pouvais sentir l’énergie passée de sa main à mon bras et faire le tour de mon corps en passant par des parties dont j’ignorais l’existence. C’était beau, c’était agréable et dans ce summum de notre idylle amoureuse elle me dit : « Aller ! Prends-moi tout de suite, nous n’avons que très peu de temps. » et je m’exécuta rapidement. Au moment de me rhabiller, j’ai réfléchi à ce qu’elle m’a dit et au fond de moi je n’étais pas d’accord alors je lui posa la question : « Pourquoi dis-tu que nous n’avons que très peu de temps alors que nous avons la vie devant nous ? » Sur ces mots elle fit une tête consternée et m’avoua qu’elle n’imagine même pas une seule seconde une histoire d’amour entre nous. Elle m’a même sortie le classique : « C’était une erreur, nous devons garder ce secret pour nous. »

« Non mais je rêve Pierrick ! T’es tout de même pas tombé amoureux d’une femme enceinte de six mois qui est potentiellement ta tante ? Dit Alice.

  • Non ! rétorqua Pierrick, jamais de la vie et c’est le plus drôle dans cette histoire en fait …
  • En fait c’était un rêve. Marmonna Jordan.
  • Non plus ! Rétorqua de nouveau Pierrick. J’ai réellement couché avec elle, mais cette femme n’est en aucun cas la perfection incarnée, j’ai appris bien plus tard que ce n’était qu’une salope en dépression qui se tapait tout le monde car son mari était un alcoolique notoire qui ne s’intéressait qu’à ses amis de comptoir. D’ailleurs bien des rumeurs disait que ses enfants n’étaient pas les siens car il était incapable de bander à cause de l’alcool.
  • Mais qui est donc cette femme ? Dit Chloé.
  • Je ne sais pas exactement, elle n’est pas de ma famille et s’appelle Marie-Simone. Un nom à coucher dehors. D’ailleurs on m’a raconté que c’était la seule femme de la région à s’appeler comme ça. Mais je soupçonne une de ces légendes qui naissent au fin fond de la campagne après quelques litres de vin. »

Sur ces mots Chloé éclata en sanglots et provoqua un contraste plutôt particulier entre larme de joie et larme de tristesse. Après quelques secondes, Alice s’arrêta de rire brusquement et plongea vers Chloé pour la réconforter.

« Que se passe-t-il ? Dit Loïs

Alice répondit d’une voix horrifiée : c’est sa mère ! »