Les vingt rangées de chaises sont occupées, les gens s'agglutinent le long des murs et dans le fond de la salle. La famille est au premier rang, les amis au deuxième. Le maître de cérémonie prononce un discours d'entrer. Il est inintéressant. La musique est douce, exactement comme on l'attends. Devant l'assemblée, centré et entouré de fleurs, nous pouvons contempler le cercueil. Il est en bois vernis, simple et standard. La mère de Jérémy est en larme, son père essaie de la consoler tant bien que mal. Au second rang, derrière la famille, est assise sa meilleure amie, Jessica. Son visage blanc ne laisse paraître aucune émotion. Le maître de cérémonie s'approche de la famille et, tout en chuchotant, demande si quelqu'un veut faire un discours. Jessica se lève immédiatement comme si c'était son tour, comme si elle devait le faire pour respecter le bon déroulement de la cérémonie.

« Jérémy et moi étions les meilleurs amis que ce monde ait pu connaître. Nous sommes nés quasiment ensemble, nous avons grandi ensemble. Il m'a appris à marcher et je lui ai appris à parler. Chaque jour passait et notre amitié se renforçait. Trente ans après, rien n'a bougé au contraire, nous sommes unis plus que quiconque au monde. À l'âge de dix ans, nous avons fait un pacte : celui de ne jamais s'abandonner, celui de rester ensemble jusqu'à la fin de nos vies. Aujourd'hui Jérémy est mort, demain ça sera mon tour. »


Les invités se dirigent tranquillement vers la salle à manger où un buffet garni les attends. Certains veulent trouver un moment pour aller présenter leurs condoléances à la famille, d'autres ont dû mal à supporter ces moments tristes.

« Ton discours était magnifique Jessica, j'espère quand même que demain n'arrivera pas de si tôt. Dit Josiane, la tante de cette dernière.

  • Avec ou sans espoir demain arrivera demain, ce n'est pas nous qui décidons. À un moment donné le soleil se couche et quand il se lève, c'est demain !
  • Bien sûr, mais tu es jeune et tu as encore beaucoup de belles choses à vivre.
  • Peut-être que oui, ou peut-être que non, mais peu importe. Nous nous sommes fait une promesse et les promesses ne se brisent pas. Demain j'irais le retrouver car nous ne pouvons pas nous séparer. »

Sur ces mots, Josiane devient toute blanche. Jessica se dirige vers le buffet d'un air nonchalant et goûte chaque hors-d'oeuvre avec passion. Elle semble décontractée. Josiane se dirige précipitamment vers sa soeur, la mère de Jessica, et lui confie la discussion qu'elle vient d'avoir avec sa fille. « Je pense qu'elle ne va pas bien du tout, il faut absolument l'entourer et la réconforter, elle ne doit pas encore réaliser. » La mère de Jessica s'approche de sa fille et la serre dans ses bras.

« Je sais que c'est difficile ma chérie, mais il va falloir être forte.

  • Non ce n'est pas difficile, répond sa fille. La mort fait partie de la vie. C'est la suite logique. Le monde est logique et nous ne devons pas nous étonner à chaque fois qu'il le prouve. Nous devons rester logique et suivre ce que le destin nous propose.
  • Tu peux pleurer si tu veux, tu ne dois pas avoir honte de pleurer car pleurer fait du bien. Je suis là pour toi aujourd'hui et je prendrais soin de toi.
  • Non je n'ai pas envie de pleurer, je ne suis pas triste mais plutôt inquiète. Je suis inquiète de savoir ce que me réserve l'avenir.
  • Moi je sais qu'il te réserve de très belles choses, nous avons prévu une grande fête pout ton anniversaire, nous avons invité tous tes amis et toute la famille.
  • Ah ça à l'air chouette ! J'aurais bien aimé y participer.
  • Mais ma chérie, c'est ton anniversaire alors bien sûr que tu seras invitée.
  • Maman, demain je ne serais plus là, demain j'irais rejoindre Jérémy car je lui ai fait une promesse et je dois m'y tenir. »

Sa mère éclate en sanglot, prend la tête de sa fille entre ses deux mains et l'embrasse sur le front en marmonnant : « Ne dis pas de bêtises, nous t'aimons tellement fort. »


« Salut Jessica ! Tu fais quoi ? Dit Christophe, son cousin

  • Je surfe sur internet.
  • Tu regardes quoi ?
  • Des cordes.
  • Cordes d'escalade ? Corde d'amarrage ?
  • Non.
  • Tu vas faire quoi avec une corde ?
  • Je n'ai jamais fais attention, mais ça coûte super cher une corde.
  • Ah oui, généralement les bonnes cordes coûtent très cher, surtout pour l'escalade car il ne faudrait pas que la corde lâche au beau milieu d'un pic.
  • Moi je veux une corde simple, mais qui tienne le choc.
  • Pourquoi faire ?
  • Pour demain !
  • Quoi demain ? Tu vas faire de l'escalade demain ? Tu t'y prends un peu tard à mon avis.
  • Non car si je prends l'abonnement, je peux être livrée demain matin chez moi.
  • Ah la technologie ! Ça sauve des vies parfois. »

« Patrick ! Patrick ! Patrickeuh ! Chuchota Margaux, la mère de Jessica.

  • Oui, qu'est-ce qu'il y a ?
  • Ta fille ne va pas bien du tout. Ô mon dieu ! Je crois qu'elle va faire une bêtise.
  • Une bêtise ? Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
  • Son discours de tout à l'heure. Quand elle dit "Demain ça sera mon tour", elle ne parlait pas d'un futur éloigné mais d'un futur proche, très proche !
  • Très proche comment ?
  • Demain ! S'écria Margaux en attirant l'attention des gens autour.
  • Ne crie pas si fort, allons s'asseoir et raconte moi tout.
  • Elle a dit que demain sera son tour. Elle est tellement attachée à Jérémy qu'elle veut se suicider demain pour le rejoindre.
  • Calme-toi voyons ! Elle n'était pas sérieuse.
  • Mais si ! Je te jure ! Elle est très sérieuse et si l'on ne fait rien, demain elle sera morte ! »

Patrick se cache la bouche avec sa main, comme s'il venait d'apprendre une terrible nouvelle. Et c'est le cas, sa fille va mourir demain et il a seulement un jour pour la convaincre. Le père de Jérémy est le meilleur ami de Patrick, il a besoin de réconfort, mais Patrick doit s'occuper de sa fille. Et si elle délire ? Si elle est seulement triste et qu'elle voit la vie en noir ? Mais Patrick doit s'occuper de sa fille. C'est sa priorité.


« Comment vas-tu ma chérie ? Dit Patrick d'une voix calme et compatissante.

  • Très bien Papa !
  • Ta mère est très inquiète pour toi. Tu sais que si tu as besoin de réconfort tu peux toujours venir me voir ?
  • Bien sûr que je le sais mon Papa adoré. Mais ça va très bien pour moi. Il ne faut pas s'attrister pour des situations comme celle-là car il risque d'y en avoir bien plus. C'est la vie, c'est la suite logique.
  • Je suis content que tu le prennes comme ça. Tu es forte et ça se voit. Tu tiens ça de ton père. Va donc dire quelques mots à la Maman de Jérémy, elle est si triste.

Jessica se dirige vers Sandrine, elle lui prend la main puis la ramène tranquillement dans ses bras pour tenter d'adoucir ses peines avec toute l'attention qu'elle dispose.

« C'est tellement triste ma chérie. Toi et Jérémy vous étiez les meilleurs amis que je n'ai jamais vus et grâce à toi, la vie de mon fils a été merveilleuse. Mais maintenant c'est fini et c'est tellement triste.

  • C'est fini pour vous, oui. Mais pas pour moi. Dès demain je serais à nouveau aux côtés de Jérémy.
  • Pourquoi dis-tu cela ?
  • Nous nous sommes promis d'être ensemble jusqu'à la mort. Aujourd'hui nous ne sommes plus ensemble donc notre pacte est en train de se rompre et je dois remédier à ça.
  • Ah non ! Pas ça ! Tu ne penses tout de même à te donner la mort ?
  • Si !
  • Enfin Jessica ce n'est pas possible, tu ne vas pas nous infliger ça ? Tes parents sont tellement tristes de la disparition de Jérémy. Si toi, tu disparais également alors qu'allons nous devenir ?
  • Je sais que je vais vous manquer, moi aussi vous me manquerez. Mais c'est la vie. J'ai vécu ma vie en pensant un jour à cet instant et je m'y suis préparée. Ce n'est pas la fin, bien au contraire. C'est le début d'une nouvelle histoire entre Jérémy et moi et je suis impatiente de la vivre. »

Sur ces mots, la mère de Jérémy serre très fort Jessica dans ses bras, la tension est palpable et Sandrine semble perdre toutes ses forces au fur et à mesure de la journée.


« Salut Michel !

  • Salut ma Jessica, alors pas trop dur ?
  • Non ça va. Dis-moi ? Demain tu travailles ?
  • Et oui, même dans ces moments tristes il faut reprendre le boulot.
  • Tu travailles sur quel bâtiment ?
  • En ce moment on refait la façade d'un bâtiment de six étages dans le cinquième arrondissement.
  • Est-ce que je pourrais venir avec toi ?
  • Oui bien sûr, mais en quoi repeindre une façade est intéressant pour toi ?
  • Avec Jérémy on s'est fait une promesse et je dois monter en haut du sixième étage pour la réaliser.
  • C'est très beau ce que tu dis, mais l'échafaudage c'est dangereux et je n'aurais pas le temps de te surveiller. Je préfère éviter que tu grimpes là haut. Mais tu peux rester en bas si tu veux et je ne serais pas très loin.
  • Non, il faut absolument que je monte là haut.
  • Que vas-tu y faire ?
  • Sauter.
  • Sauter ?
  • Sauter du sixième étage et m'aplatir sur le sol.
  • Pardon ? Dit Michel avec des yeux écarquillés.
  • Nous nous sommes faits une promesse avec Jérémy : celle de rester ensemble pour toujours. Aujourd'hui cette promesse est rompue alors je dois la réparer.
  • Jessica ! Regarde-moi dans les yeux ! Tu ne vas pas faire de bêtises j'espère ?
  • Non, ce n'est pas une bêtise.
  • Jessica ! Tu es sous le choc de la disparition de Jérémy. Il ne faut pas penser à ces choses là, laisse-toi le temps de te remettre de tes émotions.
  • J'ai l'impression que tout le monde s'inquiète pour moi, de mes émotions. Mais c'est mon choix, demain je disparaîtrai pour aller retrouver Jérémy et personne ne pourra rien contre ça. »

« Patrick ! Patrick, c'est terrible !

  • Qu'est-ce qu'il t'arrive Michel ?
  • C'est ta fille, elle est en train de pété un câble !
  • Tu vas t'y mettre toi aussi ? Déjà Josiane m'a fait le coup, je suis allé parler à Jessica et tout va bien, je trouve qu'elle prend cela avec beaucoup de maturité.
  • Enfin Patrick ! Écoute-moi ! Elle m'a demandé si elle pouvait venir travailler avec moi demain. Elle veut monter en haut du sixième étage pour s'y jeter !
  • Quoi ? C'est impensable ce que tu me dis là !
  • Et pourtant bien vrai. Évidemment j'ai refusé qu'elle vienne avec moi, mais elle va trouver autre chose. Elle est déterminée à se suicider ! »

Patrick est sous le choc. Sa propre fille qui se suicide ? Il en perdrait tout sens de la vie. Il prend avec ferveur les deux épaules de Michel et lui dit d'un ton sec : « Il faut qu'on l'en empêche. ». Michel retrousse ses manches et promet à Patrick qu'il va l'aider. Ils décident tous les deux d'emmener Jessica dehors pour avoir une discussion avec elle.


« Jessica ma chérie, nous devons te parler. Dit son père d'une voix tendre. La mort de Jérémy est terrible pour nous. Ses parents sont dans un état inimaginable. Avec ta mère nous sommes tristes également et je vois bien que toi aussi tu l'es. C'est normal et nous devons évacuer cette tristesse. Il y a plusieurs façons de le faire et imaginer le pire en est une. Mais je ne veux pas que tu penses au suicide. Je sais que c'est dur, je sais que ton coeur se noue et t'empêche de respirer, mais nous devons rester unis. Nous devons rester fort et se soutenir les un-les-autres. Tu ne peux pas nous quitter maintenant car nous serions tous encore plus tristes.

  • Je comprends ce que tu veux me dire. Ce moment de tristesse que tu vis est terrible. Mais moi, aujourd'hui, je ne le vis pas. Je ne suis pas triste car je connais mon destin. J'ai fait cette promesse et si je ne la tiens pas alors je serais triste tous les jours de ma vie.
  • Jessica ! Dit Michel, quand nous mourons, nous perdons tout. Il n'y a pas de vie après la mort, il n'y a pas de voyage merveilleux, ni de paradis, ni d'enfer. Jérémy est mort, il n'est plus là ni ailleurs. Et jamais tu ne pourras le retrouver.
  • Oui, je sais. Dit Jessica sereinement. Seulement nous avons fait la promesse d'être ensemble, dans le même état. Aujourd'hui Jérémy est dans un état différent du mien et je dois remédier à ça. Il n'est pas question de vie après la mort, il est question de rester ensemble peu importe dans quel état nous sommes.
  • Ma chérie, je connais bien Jérémy et il n'aurait jamais voulu que tu fasses cela pour lui.
  • Je le connais mieux que toi, Papa ! Et il aurait fait exactement la même chose. Vous ne pouvez pas comprendre le lien qui nous unis. Il est bien plus fort que n'importe lequel sur cette planète. Il est indissociable. Vous ne pouvez rien y faire. Nous sommes comme une balance, si l'un des côtés disparaît alors l'équilibre est rompu, il faut donc que l'autre côté disparaisse également.
  • Tes amis sont merveilleux, ta famille est incroyable, tu gagnes bien ta vie et tu es une très belle femme. Tu trouveras un jour l'homme qui te comblera et tu auras une vie radieuse. Dit Michel décontenancé.
  • L'avenir n'existe pas si Jérémy n'est pas là.
  • Bien sûr que si ! Rétorqua Michel. Tu ne l'imagines pas pour le moment, mais dès que ton deuil sera fait alors ça deviendra plus facile. Mais il faut te laisser du temps.
  • Ma chérie, promets-moi de te donner du temps pour réfléchir. Promets-moi de dormir cette nuit et d'attendre demain.
  • Oui Papa, je te le promets. J'attendrai demain. »

Christophe aperçut Jessica qui discutait dehors et décide de s'approcher d'eux.

« Au fait Jessica, j'ai parlé à Damien et il m'a dit qu'il avait une corde d'escalade dans son garage, il pourra te la prêter pour demain ! »

Patrick se retourna vers Christophe avec un regard de braise qui le fit tomber à la renverse.

« Mais qu'est-ce que tu racontes espèce de petit con ! Tu te crois malin ? Tu veux aider ma fille à se donner la mort ?

  • Quoi ? Euh ...
  • T'es en train de fournir du matériel à ma fille pour qu'elle se donne la mort. Mais tu es complètement dingue ? Qu'est-ce que tu cherches ?
  • Pardon ! Pardon ! Mais je ne comprends pas. Jessica recherchait une corde tout à l'heure car elle voulait faire de l'escalade demain pour se vider la tête.
  • C'est vrai ? Dit Patrick en se tournant vers Jessica.
  • Si la corde est assez solide je m'en servirai demain oui. Dit Jessica
  • Pour faire de l'escalade ?
  • Non évidemment, répliqua Jessica. »

Christophe resta sans voix. Patrick a compris le quiproquo et n'est plus en colère contre Christophe. Jessica reste stoïque, fière de son choix. Michel semble ne plus avoir d'espoir. Tous se dirigèrent vers le salon.


« Tu étais sérieuse tout à l'heure ? Dit Christophe d'une voix tremblante.

  • Oui, répliqua Jessica.
  • La vie sans Jérémy te semble donc si difficile ?
  • Elle n'existe pas. Notre destin est tracé. Je dois le retrouver.
  • Tu n'as pas peur ?
  • Si. J'ai peur d'être là, j'ai peur de rompre ma promesse envers lui. J'ai peur que demain, on veuille m'empêcher de vivre ma vie.
  • Mourir est une façon pour toi de vivre ta vie ?
  • Oui. La mort fait parti de la vie. Nous avons tous un début et tous une fin. La mienne est demain. Peu importe ce que pensent les gens, demain je dois résoudre mon destin.
  • Tu dis ça avec un tel cynisme. J'ai toujours su que tu étais une fille qui savait où elle allait. Je sais que tu vas faire ce que tu dis et j'ai peur de te perdre. Ta famille aussi a peur et c'est pour cela qu'ils veulent t'en empêcher.
  • Je me rends compte aujourd'hui que personne ne me fait confiance. Quand j'ai choisis de devenir avocate, tout le monde était content. Quand j'ai décidé d'habiter un appartement avec une vue imprenable, tout le monde était content. Aujourd'hui je fais ce choix et tout le monde veut m'en empêcher. Ce n'est qu'une bande d'égoïste.
  • Non ! Ce n'est pas de l'égoïsme, c'est de l'amour. Ils t'aiment et ont besoin de toi pour être heureux. Si tu décide de te suicider alors tu te comporte comme une lâche.
  • Je serais bien plus lâche si je manquais ma promesse.
  • Mais tu avais dix ans, bordel ! Dit Christophe en s'énervant.
  • Et alors ? À dix ans nous n'avons pas le droit de faire des promesses ?
  • À cet âge tu ne comprends pas la vie.
  • Mais peut-être qu'au contraire les enfants comprennent la vie bien mieux que les adultes ? Les promesses et les rêves d'enfants sont spontanés, ils ne répondent à aucune règle. Et si c'était cela la vie finalement ? Ne répondre à aucune règle.
  • Regarde autour de toi Jessica ! Regarde ces gens pleurer ! Ils sont tristes et chaque jour de notre vie nous essayons de faire le maximum pour éviter ces situations. Malheureusement la vie n'est pas toujours rose et parfois un évènement inattendu et inexpliqué surgit et plonge tout le monde dans les larmes. Ensuite on oublie, on pense à autre chose et on redevient heureux jusqu'au jour où un autre malheur s'abat puis l'on recommence jusqu'à la mort.
  • Alors tu penses que je dois gâcher ma vie pour éviter de rendre les gens malheureux ? Jérémy est mort du jour au lendemain et je comprends le choc qu'il provoque. Moi je vous préviens, je vous le dit, ça va arriver, dès demain. On perd donc le caractère inattendu. De plus, je vous explique pourquoi. Ce qui supprime le caractère inexpliqué. Ceci devrait aider à rendre votre peine moins difficile.
  • Jessica ! Dit Christophe on prenant le visage de cette dernière entre ses mains.
  • Je te souhaite d'être heureuse et épanouie et j'espère de tout coeur pouvoir te dire ça le restant de ma vie. »

« Je suis désolé pour l'histoire de la corde Patrick.

  • Il n'y a pas de mal, j'ai compris que tu n'avais pas compris. J'étais énervé sur le coup, mais j'étais désemparé aussi. Je ne sais plus quoi faire, je ne sais plus quoi dire et j'ai peur.
  • J'ai parlé à Jessica et elle a l'air bien déterminée.
  • Je ne peux pas le croire. Elle a disjoncté. Demain elle ira mieux, demain la pression sera retombée et nous nous occuperons d'elle tous ensemble.
  • Patrick ... Dit Christophe. J'ai bien peur que sa décision soit déjà prise.
  • Alors je l'enfermerai dans sa chambre. Je l'attacherai à son lit tant que ses mauvaises pensées seront toujours présentes.
  • Je ne pense pas que cela soit la bonne solution. Son idée n'est près de quitter son esprit et l'attacher ne fera que ralentir ce qui devra arriver.
  • Mais tu es fou, dit Patrick en s'effondrant sur Christophe.
  • Je suis désolé. »

La foule venue en masse pour soutenir la famille commence à se dissiper. Margaux s'approche de Sandrine pour lui donner un dernier mot de réconfort.

« Comment vas-tu ma chère ? Cette journée est bientôt terminée, tu vas pouvoir aller te reposer.

  • Me reposer ? Je n'en suis pas sûr, je suis exténuée et triste. Je n'arriverai pas à dormir.
  • Je compatis, nous sommes bouleversés également. Nous allons vous laisser seul et nous repasserons demain.
  • Merci. Attends Margaux ! As-tu discuté avec ta fille ?
  • Oui, tout à l'heure.
  • Elle ne va pas bien du tout.
  • Oui, je sais.
  • Occupes-toi d'elle. Et vite. J'ai peur qu'elle fasse une bêtise.
  • Comment ça ? Elle t'a dit quelque chose ?
  • Je crois qu'elle pense au suicide.
  • Ô mon dieu ! Elle y pense toujours. J'ai vu Patrick tout à l'heure et il m'a dit qu'elle prenait très bien la chose.
  • Moi je lui ai parlé tout à l'heure et elle n'était pas de cet avis. Je t'en supplie Margaux, vas donc lui parler. Nous ne pourrions supporter un deuxième malheur. Jessica est comme notre fille.
  • Et Jérémy était comme le nôtre. »

Les deux femmes se dirigèrent vers la sortie, bras dessus, bras dessous.


Margaux est fatiguée, elle s'assoit sur le canapé en soufflant comme après un marathon. Patrick vient derrière elle et glisse délicatement son bras sous son coup. Jessica est assise sur la table à manger, elle lit le journal et n'exprime aucune émotion. Elle est simplement là, comme un jour ordinaire.

« Jessica ? Sandrine est très inquiète pour toi. Dit Margaux.

  • Je sais, elle ne devrait pas. Répondit Jessica.
  • Tu lui as fais peur, ce n'est pas très malin pour un jour comme celui-ci.
  • Je n'ai pas voulu lui faire peur, je voulais seulement la prévenir pour éviter un choc supplémentaire.
  • Mais arrête un peu ! Dit Patrick. Tu ne crois pas qu'on souffre déjà assez pour en plus entendre tes délires ? Crois-tu que c'est le bon moment pour dire ces choses ? Pourquoi as-tu besoin d'attirer l'attention sur toi ? On ne s'occupe pas assez de toi ? Nous ne sommes pas assez attentionnés envers toi ?
  • Oui ! C'est le cas ! Vous n'êtes pas attentionnés envers moi. Je vous ai parlé toute la journée, je vous ai raconté mon ressenti, je vous ai dis ce qu'il allait se passer demain et personne ne m'a écouté. Personne ne m'a compris. Vous perdez votre temps à me hurler dessus alors que vous devriez profiter de mes derniers instants ! Dit Jessica énervée. »

Un long silence s'installe et un jeu de regard s'échange entre Jessica et ses parents. La tension est à son comble. Son père hésite entre la gifler ou la prendre dans ses bras. Est-ce qu'elle perd la tête ? Ou est-ce qu'elle est sérieuse ? Sa mère, quant à elle, reste assise sur le canapé, sans bouger. Dénuée de tout espoirs. Elle s'est fait une raison, elle a compris, elle va perdre sa fille demain.


« Tu ne dors pas encore ma puce ?

  • Non maman, je ne suis pas fatiguée ce soir.
  • Je me souviens du jour où tu es née. Le soleil brillait de mille feux. Les médecins t'ont posé sur moi et la première fois où j'ai vu ton visage tu me souriais. J'ai toujours su que tu apporterais le bonheur dans nos vies, dès le jour de ta naissance. Les années qui suivirent étaient bien plus belles. Chaque moment passés avec toi étaient un bonheur extraordinaire. Je t'aime de tout mon coeur. Tu es la personne la plus importante à mes yeux. Et je suis persuadée que ton père pense la même chose. Et c'est pour cela qu'il est désemparé, il ne trouve pas les mots pour te garder près de lui. Il est triste pour Jérémy et a peur de vivre la même tristesse que ses parents. Qu'on le veuille ou non, nous sommes responsables de l'amour que l'on dégage. Nous avons le devoir d'offrir du bonheur aux gens qui nous aiment. Ton père et moi t'aimons alors réfléchis bien. Prends ton temps. Et fais ce qu'il te semble le plus juste. »

Finalement Jessica n'a pas réussi à s'endormir. Toute la nuit elle repensa à sa vie, aux gens qui l'ont accompagné, qui l'ont aimé. Le discours de sa mère l'a ému, mais elle ne veut pas renier ses choix pour les autres. Demain, elle devra prendre sa décision.