« Mathias avec Ludo, Jérémy avec Jonathan, Sophie avec Claire, et Julien avec... ah ! Il n’y a personne de ton poids Julien, tu vas te mettre avec moi.

— Oui monsieur. »

Le sport à l’école c’est comme toutes les autres matières : elle pourrait être intéressante, mais comme c’est obligatoire, c’est ennuyeux. De plus, le sport ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Il faut courir, bondir, atterrir, souffrir, souffrir et ne rien dire. Bref, je déteste le sport. Mais le pire n’est pas de sentir la sueur couler le long de mon corps, ni les tiraillements au fond de ma poitrine quand mon cœur s’emballe, ni les échecs permanents face aux activités « faciles ». Non, le pire c’est la solitude. On souligne toujours que les sports collectifs permettent aux enfants d’appartenir à un groupe, qu’ils sont propices au développement et à la confiance en soi. Chez moi, ce fut tout l’inverse. Le sport n’a été qu’un moyen supplémentaire de montrer à quel point je suis différent. Généralement, on devait faire des équipes de deux, mais j’étais trop gros par rapport aux autres donc mes chances étaient trop faibles ou trop élevées. Au judo, par exemple, c’était impossible pour les autres de me faire tomber. En revanche, au handball j’avais toujours du mal à me bouger le cul pour traverser le terrain. Ce n’est pas évident d’arriver à douze ans dans une école où sans rien faire t’es déjà pressenti comme l’exclu de la classe. Mais je ne peux pas leur en vouloir, d’un côté mon physique est un atout et de l’autre il est une tare. Les autres élèves étaient contents de m’avoir dans leur équipe et parfois ils ne l’étaient pas. Ils n’ont jamais été déçus de ma personne, car j’essayais tout de même de faire le maximum pour ne pas être un boulet. Le paradoxe est total pour le professeur, car il ne voulait pas faire de différences en m’excluant, mais il l’aurait fait s’il m’avait obligé à jouer contre un plus faible. Punir un élève à cause de sa différence ou punir tous les autres ? Voici le récit de ma vie. Une vie où personne ne me déteste, ni ne me jugent, mais où tout le monde me voient.

« Eh, Julien, tu veux faire de la boxe avec moi ?

— Je ne peux pas, mes grosses mains ne rentrent pas dans les gants. »